Comment devenir photographe créateur au temps de l’internet ?

Interview réalisé par  Yves de Saint Jacob pour le magazine Paris Alger

N°20 Juillet – Août – Septembre 2017.

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Les images de Mahdi Aridj : Comment devenir photographe créateur au temps de l’internet ?

Mahdi Aridj a fait des études d’ingénieur agronome. d’abord à Alger, ensuite à Paris. Il a d’abord été consultant dans une entreprise. Puis sa passion – la photographie, apprise avec son père l’a emporté. Il a choisi de travailler à mi-temps, car, malgré son talent, il ne peut encore compter financièrement sur son activité photo. dans un monde où le numérique, l’internet, les réseaux sociaux et l’inattendue « Ubérisation » ne rendent pas forcément la vie plus facile.

Interwiew réalisé par  Yves de Saint Jacob pour le magazine Paris Alger | n°20 Juillet – Août – Septembre 2017. (Pour vous abonnez au magazine c’est par iciPour télécharger le formulaire d’abonnement c’est sur ce lien)

  • Première question classique, travaillez-vous totalement en numérique , ou bien utilisez-vous encore l’argentique ?

J’ai appris la photographie avec mon père et il m’a initié à l’argentique, à ses réglages de base, à ses tech niques de développement de films. Puis comme tout le monde, je me suis mis au numérique qui permet de prendre des photos à l’infini. Mais il y a un piège. Il vaut mieux quelquefois prendre moins de photos, mais les prendre mieux. Quand j’étais plus jeune, j‘aimais la pêche. Je dirais que l’argentique, c’est attraper le poisson avec une canne à pêche, le numérique c’est les capturer au filet. Il y a plus d‘excitation quand on doit prendre une seule photo au bon moment. Mais il y a plus de risques: elle peut vous échapper… Je fais encore un peu d’argentique, mais disons 5 %… Le problème, c’est le développement et le tirage. Les faire réaliser par un laboratoire n’est pas satisfaisant. J’y reviendrai le jour où j’aurai un petit labo et les connaissances nécessaires pour le tirage en couleurs.

« IL VAUT MIEUX QUELQUEFOIS PRENDRE MOINS DE PHOTOS. MAIS LES PRENDRE MIEUX. »

  • Comment Vit- on de la photographie ?

Les débuts sont très difficiles . Les revenus que j ’en tire ne me permettent pas d’atteindre le SMIC… Les premiers contrats viennent de la couverture d’événements, les mariages, les naissances, les cérémonies d’entreprise… Mais beaucoup de jeunes photographes veulent se lancer ainsi et pour constituer leur premier portfolio ils travaillent gratuitement. Les clients potentiels les préfèrent donc bien sûr. Et l’on assiste maintenant à une « uberisation » du secteur. Des plateformes comme Everphotoshoot se chargent de trouver des clients, assurent la communication et confient du travail aux photographes abonnés. Ces sociétés serrent bien sûr les prix au maximum. J’ai vu des contrats à 4 euros la photo. Les frais vous reviennent, y compris le déplacement, et souvent vous perdez de l’argent.

  • L’internet a donc compliqué les choses…?

Oui et non. L’internet permet d’abord de présenter ses propres images, à faible coût car on peut monter un site pour quelques euros. Ensuite, les réseaux sociaux comme Instagram ou Facebook permettent de faire circuler largement ces images.

C’est par eux que j’ai trouvé mes premiers contrats. C’est ce que j’appelle le « bouche à oreille numérique. En outre, la diffusion massive des images et leur popularité  poussent aussi de nombreux lieux, comme les bars, les magasins, les entreprises à exposer des photos. Ces lieux s’ajoutent donc aux galeries spécialisées, plus difficiles d‘accès. Ils permettent aussi une diffusion plus large auprès de publics divers, sous des formes qui répondent mieux à cette idée très forte de « réseau social.

  • Faire des « événements », familiaux ou d’entreprise, n’est- ce pas frustrant ?

Je ne sais pas si je me mens à moi-même…mais j’essaye de ne pas tomber dans la photographie alimentaire. On peut faire du bon travail sur des sujets simples. J’ai eu beaucoup de bonheur par exemple à faire un long reportage en Allemagne sur les thèmes de la grossesse et de la maternité. J’ai travaillé pour des institutions comme l’Institut des Cultures islamiques. J ’ai été repris sur des médias ou des blogs algériens. J’ai été conduit à faire un sujet très original consistant à suivre une députée tout au long du débat sur le mariage pour tous. Il y a donc des sujets très satisfaisants pour quelqu’un qui souhaite s‘exprimer. Le but est de les multiplier pour parvenir à vivre au mieux de sa passion.

Mahdi ARIDJ - Biographie